Sitios

Literatura en México

compartir en facebook  compartir en twitter

Cinco Décadas de Cuento Mexicano. Antología. Perea, Pitman, Taylor, Tedeschi, Valenzuela

Le Fantome à la Serpillière

Guillermo Samperio



A Magaly et Rosendo

...como fantasmas de una raza extinguida...

Augusto Monterroso 

Le silence et la solitude, la quiétude et l’isolement, l’absence et le petit jour aux tons gris loin des fenêtres, les pièces au repos et les objets sur le point de parler constituent, entre autres subtilités, l’atmosphère requise pour le juste accomplissement des avatars au passage de ce Fantôme.

Ainsi qu’il en va pour la plupart des fantômes, le denommé “à la Serpillière” est le seigneur et maître d’un espace qui en lui appartient pas, l’espace quasi sacré où perdurent les affaires des autres, telles des prolongements autonomes et niais de leurs propriètaires. Le Fantôme à la Serpillière pènètre et abandonne à contretemps cette intimité qui lui est ètrangère. Il remue, dèplace, soulève, pose des objets qui en seront jamais siens.

Ses mouvements sont toujours lents et précis, énergiques et méticuleux; il accomplit le même parcours que tant d’autres petit matins. Il n’est pas de porte, plus ou moins importante, qui résiste á son irrémediable, mélancolique, passage. Il est implacable et décidé; ses taches et ses responsabilités sont fatalement decidées par un au-delà que ce Fantôme nie, même s’il le reconnait, car il se voit condamné à avancer d’un pas lent, silencieux, tandis que ses bras vont et viennent fendant une solitude qu’il en peut partager avec personne, pas même avec les autres fantômes. D’autres, de son espèce, reçoivent de même en partage, parfois avec une rigoureuse exactitude, des territoires, la zone où ils reproduisent et coagulent la routine que tout Fantôme à la Serpillière doit mener à bien sans qu’aucune porte me tente bien sur de l’arrêter.

Le Fantôme à la Serpillière est obligé de disparaître avant qu ‘âme qui vive ne mette les pieds dans les salles, avant que les autres en bouleversent de façon frappante et quotidienne l’espace créé par notre Fantôme, avant que les maîtres de cette intimité quasi monastique n’arrivent, avec leur innocent chabut, leurs inévitables bruits, leurs vives présences. Le Fantôme à la Serpillière disparaît préalablement mû par des lois qui échappent à ses intentions. Il en peut se permettre de circuler parmi les autres; et c’est seulement quand ils ont disparu qu’il peut surgir de nouveau, comme les armèes silencieuses qui parcourent la ville durant la nuit, refaisant ce qui est défait la veille.

Les autres en perçoivent pas l’existence de ce Fantôme; une perte de mémoire millénaire tend à nier le devenir du dénommé “ à la Serpillière”. Le Fantôme, de son côté, en songe pas à la mémoire d’autrui qui le réhabiliterait, car il a ses couloirs et ses escaliers, ses petits chemins et ses alcoves, ses contretemps et ses contre-espaces. De très rares fois cependant, nous distinguons sa voix dans certaines pièces des plus intimes tandis qu’il bavarde sans y prendre garde avec un autre fantôme. C’est là qu’il nous est donné de savoir qu’ils trompent et pleurent, qu’ils ralent et aiment, qu’ils mangent et souffrent, qu’ils assistent à des spectacles pour fantômes, qu’ils ont des désirs et de la sagesse, qu’ils vont se promener dans des centres de loisirs qui leur sont destinés. Il nous est donné d’apprendre que, par le biais de simples transfigurations, ils en sont pas aussi irréels que certains d’entre nous ont pu l’imaginer et qu’ils s’élancent dans les rues d’une ville oú ils occupent un autre espace, un autre territoire, une autre zone, toujours loin de notre attention. C’est là, dans cette pièce des plus intimes, qu’il nous est permis, de très rares fois et malgré la mince cloison qui nous sépare d’eux, de partager avec eux la solitude et la quiètude, l’absence et le petit jour aux tons gris loin des fenêtres, le silence et l’isolement, leurs amours et leurs manques d’amours et l’intimité que nous leur volons durant un petit laps de vie.

Quand nous entendons les colloques des dénommés “à la Serpillière”, leurs paroles nous emplissent parfois de tristesse, même s’il est probable qu’ils puissent s’en passer ; elles nous emplissent d’une étrange tendresse, même s’ils en semblent pas l’attendre ni la supposer.

Ceux d’entre nous qui l’ont vu apparaître par une quelconque porte, grâce à une heureuse coincidence, en pourront jamais oublier le long manche à balai qui repose sur l’une de ses épaules, la serpillière humide qui léche doucement le sol de ses bords, la silhouette un peu voutèe et parcimonieuse du Fantôme à la Serpillière.

Traduction de Florence Olivier

* * *

MULTIMEDIA:

LIVRES DE GUILLERMO SAMPERIO (CNL-INBA)

Interview (You Tube)

Cuando el tacto toma la palabra, videoclip: Andrea di Castro (YouTube)

Humo en sus ojos, livre de contes (Google Books)

* * *
 
Fuente: *Du livre Gente de la ciudad. México, FCE, 1986. Letras Mexicanas.

 

 

Redes sociales